Après la destruction d'il y a 15 jours, j'ai reçu un certain nombre de critiques, certaines assez dures, et un seul journaliste a eu la décence de me contacter pour échanger avant de publier son avis sur le sujet.

L'objet de ces critiques tournaient autour du fait que j'avais été manipulé par les constructeurs partenaires dans la mesure où, selon les chiffres mêmes des douanes, il n'y aurais pas eu de saisies de contrefaçons en France dans le secteur, et ce depuis quelques années déjà.

Comme le sujet me touche particulièrement, je m'octroie royalement un droit de réponse sur mon blog (humour) avant de le faire parvenir à certains supports de presse.

Pour débuter, un petit rappel: la journée visait à sensibiliser les étudiants à un thème que l'on tend à gravement banaliser depuis l'apparition du format MP3 et les facilités évidentes qu'il y a à ramener de certains pays de très belles copies "pas chères". ¨Partant, de là, je souhaitais montrer que la contrefaçon existe dans des secteurs où elle est peu connue et potentiellement dangereuse. J'avais opté pour les médicaments ou certains produits de l'alimentaire, mais peu d'entreprises atteintes dans ces secteur acceptent de communiquer dessus...(vous vous imaginez apprendre que votre médicament peut-être contrefait ???). Partant de là, certains constructeurs ont accepté de jouer le jeu, et je les en remercie infiniment.

Ce qui m'amène rapidement aux diverses critiques portant sur la manipulation et donc, ma ... crédulité.

Première remarque formulée par les critiques: "vous ne vous rendez pas compte, ils font cela pour défendre leurs intérêts économiques". Monsieur de La Palisse n'aurait pas manqué d'acquiescer devant la pertinence d'une telle assertion (sic). Je rêve du jour où les entreprises seront à vocation purement altruistes, mais en attendant, elles doivent rembourser leurs créditeurs, rentabiliser leurs coûts de développement et payer leurs salariés. Partant de là, venir m'expliquer que des industriels luttent contre la contrefaçon pour préserver leurs marges me paraît simplement archétypal d'une bonne gestion de la part de leurs dirigeants. Je note d'ailleurs avec humour que les personnes portant ces jugements ont un intérêt économique tout particulier à l'abaissement des protections juridiques sur certains ensembles des voitures. Sans être inepte, énoncé ainsi, l'argument est tout simplement hypocrite.

Deuxième remarque: "vous n'imaginez pas le lobbying qui est fait pour la défense des droits de PI". Même remarque, la personne excipant de ce point est elle même en train d'en faire et, fort heureusement, nous sommes en démocratie...

Troisième remarque: "les données de la douane démontrent qu'il n'y a pas eu de saisie et donc qu'il n'y a pas eu de contrefaçon sur le territoire". Je note avec grand plaisir que finalement, les cours de première année de statistique en école de commerce ont un réel intérêt s'ils peuvent éviter de prononcer ce type d'assertions. Deux points concernant cette remarque:

1.Soit la totalité des produits vendus en France a été vérifiée et je m'incline car l'on peut alors en induire qu'il n'y a pas de contrefaçons.

2.Soit on se base sur les chiffres des saisies douanières pour en déduire le fait qu'il n'y a pas de contrefaçons et là, n'importe lequel de mes étudiants rira de bon coeur.

Partant de là, le fait qu'il n'y ai pas de saisies est révélateur soit (i) du fait que la lutte est dissuasive et qu'il y a moins de contrefaçons, soit (ii) que la lutte anti contrefaçon est un exercice difficile et que donc, il y a des années avec saisies et d'autres sans. Dans le premier cas, un léger laisser aller pourrait suffire pour que de nouvelles contrefaçons apparaissent.

Ceci étant dit, je vais donner un avis personnel et non documenté: je ne pense pas que le secteur automobile soit épargné par la contrefaçon, et ce de manière divine. Si je dis cela autrement: quand il y a de l'argent, il y a de la contrefaçon. Un petit rappel ici: les peines encourues pour la contrefaçons sont considérablement plus faibles que pour le trafic de drogue par exemple, tout en étant presque aussi juteux...

Quatrième remarque: "les données des douanes nous expliquent que, quand il y en avait, la contrefaçon dans ce secteur ne représentait que 0,00X% du total". Arrivé à ce stade, je suis évidemment passablement énervé, non seulement suite à ce que je viens de dire sur les statistiques, mais aussi car l'objectif de la journée était bien de sensibiliser à une contrefaçon méconnue... Et le fait qu'elle ne représente une faible part du total (qui est lui même absolument considérable) n'implique pas pour autant qu'elle soit moins dangereuse que dans les autres secteurs (sic).

Pour conclure: les enjeux de la contrefaçon se posent avec acuité quand il y a de l'argent en jeu, la réaction de certaines personnes à cette destruction étant plus que symptomatique. Je me permets aussi de rappeler que je n'ai pas inventé les 22.500 pièces saisies et... déclarées contrefaisantes qui ont en partie été détruites l'autre jour...