On trouve parfois des publications qui sont de véritables ovnis dans certaines revues de recherche. Ce coup ci, c'est dans Management Science, et ça date puisque cela a été rédigé en 98.

L'idée des deux chercheurs était d'essayer de déterminer le rôle du design produit dans les coûts de produit d'une cafetière automatique. Si le rôle est intuitivement évident, la démarche permet de mener des analyses concurrentielles plutôt intéressantes. Pour faire cela, ils déterminent le "contenu manufacturier" d'un produit, qui représente les attributs du design ayant un impact sur les coûts. Une fois ceci fait, ils déterminent une "usine virtuelle" qui leur permet de modéliser les différences de coûts liées aux sélections design.

La comparaison se fait sur 9 marques (Rowenta, Krups, Black&Decker etc.), et la formule utilisée est (en résumé) la suivante : Le Coût global = les coûts d'assemblage, des éléments achetés, des éléments moulés, du métal, du tooling, de la supervision, d'inventaire, de l'usine et finalement de l'énergie. Pour compléter; il faudrait rajouter les coûts de shipping etc. mais cela ne relève pas du scope de la fonction design, et c'est donc sorti.

Une fois ceci fait, ils simulent 6 usines virtuelles sur un mix de coûts et de gestion de l'environnement industriel. Par exemple : Low Cost and Poorly Run ou Low Cost and Well Run. Pour chacune de ces usines, des comparaisons de coûts sont faites avec des résultats surprenants. A titre d'exemple, pour la quasi totalité des marques, le design a un impact conséquent sur les coûts de tooling. La raison évidente étant que le fait de travailler la géométrie et la complexité visuelle a un impact fort sur les outils, qui apparait immédiatement. (et cela apparait relativement beaucoup plus que sur les matériaux par exemple).

Surtout, et les choses sont là nettement plus frappants, les différences en termes de contenu manufacturier (et donc de coûts) ne sont pas expliquées par les différences en termes de qualité, ce qui laisserait sous entendre que le design n'est pas forcément intégré dans la définition des coûts manufacturiers. Dit autrement, on n'utilise pas les designers suffisamment bien, notamment en leur demandant de rentrer dans des notions de coûts d'assemblage etc. On imagine qu'ils se reposent un peu trop ici sur les designers ? :):)

Beaucoup d'autres conclusions passionnantes mais un peu plus mathématiques, donc on va s'arrêter là. Une étude à lire cependant.