La strategie du design

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Protéger ses créations

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lundi 23 novembre 2009

Coup de gueule: Lutte anti contrefaçon

Après la destruction d'il y a 15 jours, j'ai reçu un certain nombre de critiques, certaines assez dures, et un seul journaliste a eu la décence de me contacter pour échanger avant de publier son avis sur le sujet.

L'objet de ces critiques tournaient autour du fait que j'avais été manipulé par les constructeurs partenaires dans la mesure où, selon les chiffres mêmes des douanes, il n'y aurais pas eu de saisies de contrefaçons en France dans le secteur, et ce depuis quelques années déjà.

Comme le sujet me touche particulièrement, je m'octroie royalement un droit de réponse sur mon blog (humour) avant de le faire parvenir à certains supports de presse.

Pour débuter, un petit rappel: la journée visait à sensibiliser les étudiants à un thème que l'on tend à gravement banaliser depuis l'apparition du format MP3 et les facilités évidentes qu'il y a à ramener de certains pays de très belles copies "pas chères". ¨Partant, de là, je souhaitais montrer que la contrefaçon existe dans des secteurs où elle est peu connue et potentiellement dangereuse. J'avais opté pour les médicaments ou certains produits de l'alimentaire, mais peu d'entreprises atteintes dans ces secteur acceptent de communiquer dessus...(vous vous imaginez apprendre que votre médicament peut-être contrefait ???). Partant de là, certains constructeurs ont accepté de jouer le jeu, et je les en remercie infiniment.

Ce qui m'amène rapidement aux diverses critiques portant sur la manipulation et donc, ma ... crédulité.

Première remarque formulée par les critiques: "vous ne vous rendez pas compte, ils font cela pour défendre leurs intérêts économiques". Monsieur de La Palisse n'aurait pas manqué d'acquiescer devant la pertinence d'une telle assertion (sic). Je rêve du jour où les entreprises seront à vocation purement altruistes, mais en attendant, elles doivent rembourser leurs créditeurs, rentabiliser leurs coûts de développement et payer leurs salariés. Partant de là, venir m'expliquer que des industriels luttent contre la contrefaçon pour préserver leurs marges me paraît simplement archétypal d'une bonne gestion de la part de leurs dirigeants. Je note d'ailleurs avec humour que les personnes portant ces jugements ont un intérêt économique tout particulier à l'abaissement des protections juridiques sur certains ensembles des voitures. Sans être inepte, énoncé ainsi, l'argument est tout simplement hypocrite.

Deuxième remarque: "vous n'imaginez pas le lobbying qui est fait pour la défense des droits de PI". Même remarque, la personne excipant de ce point est elle même en train d'en faire et, fort heureusement, nous sommes en démocratie...

Troisième remarque: "les données de la douane démontrent qu'il n'y a pas eu de saisie et donc qu'il n'y a pas eu de contrefaçon sur le territoire". Je note avec grand plaisir que finalement, les cours de première année de statistique en école de commerce ont un réel intérêt s'ils peuvent éviter de prononcer ce type d'assertions. Deux points concernant cette remarque:

1.Soit la totalité des produits vendus en France a été vérifiée et je m'incline car l'on peut alors en induire qu'il n'y a pas de contrefaçons.

2.Soit on se base sur les chiffres des saisies douanières pour en déduire le fait qu'il n'y a pas de contrefaçons et là, n'importe lequel de mes étudiants rira de bon coeur.

Partant de là, le fait qu'il n'y ai pas de saisies est révélateur soit (i) du fait que la lutte est dissuasive et qu'il y a moins de contrefaçons, soit (ii) que la lutte anti contrefaçon est un exercice difficile et que donc, il y a des années avec saisies et d'autres sans. Dans le premier cas, un léger laisser aller pourrait suffire pour que de nouvelles contrefaçons apparaissent.

Ceci étant dit, je vais donner un avis personnel et non documenté: je ne pense pas que le secteur automobile soit épargné par la contrefaçon, et ce de manière divine. Si je dis cela autrement: quand il y a de l'argent, il y a de la contrefaçon. Un petit rappel ici: les peines encourues pour la contrefaçons sont considérablement plus faibles que pour le trafic de drogue par exemple, tout en étant presque aussi juteux...

Quatrième remarque: "les données des douanes nous expliquent que, quand il y en avait, la contrefaçon dans ce secteur ne représentait que 0,00X% du total". Arrivé à ce stade, je suis évidemment passablement énervé, non seulement suite à ce que je viens de dire sur les statistiques, mais aussi car l'objectif de la journée était bien de sensibiliser à une contrefaçon méconnue... Et le fait qu'elle ne représente une faible part du total (qui est lui même absolument considérable) n'implique pas pour autant qu'elle soit moins dangereuse que dans les autres secteurs (sic).

Pour conclure: les enjeux de la contrefaçon se posent avec acuité quand il y a de l'argent en jeu, la réaction de certaines personnes à cette destruction étant plus que symptomatique. Je me permets aussi de rappeler que je n'ai pas inventé les 22.500 pièces saisies et... déclarées contrefaisantes qui ont en partie été détruites l'autre jour...

jeudi 28 février 2008

Protéger la création...

Nous avions organisé en collaboration avec IP Twins et l'ENSCI un petit-déjeuner débat portant sur le thème de la protection de la création.

Son déroulement a confirmé l'importance des problématiques pour les designers et surtout... leur manque d'expertise en la matière.

Au menu: présentation par Emmanuel baud des divers outils de PI, suivi d'une intervention d'Etienne Glorian portant sur les dessins et modèles et la pratique de la médiation (outil fort peu connu qui mériterait plus de publicité au vu de son grand intérêt...) et conclusion portant sur Internet et la protection en ligne avec Sylvain Hirsch.

Quelques questions intéressantes, notamment sur les problématiques de garantie de la part du designer: peut-il accepter de signer un contrat dans lequel il est précisé qu'il garanti l'originalité de ses créations? La chose est dangereuse car elle peut se révéler très coûteuse mais elle semble incontournable pour Emmanuel Baud.

Peux t'on aussi protéger une marque dont les termes sont d'usage commun? Oui répond Etienne Glorian dans la mesure où ces termes sont distinctifs par rapport à la classe de produits ou services dont il est question.

Je mettrais les vidéos en ligne dès qu'elles seront disponibles et je joins en attendant deux des présentations:

Emmanuel Baud et son excellente présentation des outils de PI.

Sylvain Hirsch et les problématiques rarement traitées de protection liées à Internet.

dimanche 10 février 2008

Concurrence déloyale Versus Contrefaçon???

Les termes de concurrence déloyale et de contrefaçon sont souvent utilisés indistinctement par des designers ou architectes. Bien que l’action en concurrence déloyale soit devenue un complément habituel de l’action en contrefaçon, leur acception n’est pas la même. Ainsi, le cumul des deux actions est possible à condition qu’il existe des faits distincts de contrefaçon d’une par et de concurrence déloyale de l’autre.

L’action en concurrence déloyale est fondée sur l’article 1382 du Code et il ne peut y avoir concurrence déloyale que si les trois éléments suivants sont réunis :

1. Fait générateur fautif : La confusion, le dénigrement, la désorganisation interne de l’entreprise rival, la désorganisation du marché...

2. Dommage subi par l’entreprise rivale : Chute des ventes, perte de notoriété ou d’image, risque de confusion avec les produits ou services concurrents

3. Lien de causalité entre le fait générateur et le dommage effectif : Il n’y a concurrence déloyale que si le lien est prouvé entre le fait générateur et le dommage effectif.

Opposant généralement deux commerçants, l’action en concurrence déloyale relève de la compétence des tribunaux de commerce.

La contrefaçon est quand à elle définie par le livre V de la propriété intellectuelle comme étant « toute atteinte portée sciemment aux droits garantis par le présent livre est punie d’une amende »

La contrefaçon : points à noter

1. Elle est indépendante du préjudice subi et du profit. Il n’est nécessaire qu’il y ait préjudice puisque la contrefaçon est une atteinte à la propriété d’autrui. C’est le fait même de cette atteint que la loi punit, et non ses conséquences.

2. Elle est indépendante du mérite du dessin ou modèle contrefaisant : La qualité de l’œuvre contrefaisant n’entre pas dans le calcul de la réparation. Même si certains estiment qu’une contrefaction grossière allège la charge, ce n’est pas vrai. Au contraire, on pourrait estimer que non seulement l’œuvre est contrefaite, mais aussi défigurée...

3. La contrefaçon s’apprécie par les ressemblances et non par les différences : le principe découle simplement du fait que la loi réprime toute atteinte au droit d’auteur, même si elle n’est que partielle. Constitue la contrefaçon, la reproduction des éléments essentiels des caractéristiques d’un modèle, ainsi que son impression d’ensemble, les différences de détail important peu. (Dupont Vs Davidoff)

Attention, la contrefaçon est un principe beaucoup plus large que celui vers lequel on se tourne en temps normal. A titre d’exemple, le changement d’art, de matière ou de destination ne change rien à la propriété de l’auteur. Il y a ainsi contrefaçon dans la reproduction en photos de statuettes ou d’une carte géographique en relief. Dans le même ordre d’idées, un éditeur de meubles devient coupable de contrefaçon s’il dépasse les droits qui lui ont été cédés.

En conclusion, la loi protège la propriété artistique de manière absolue, et toute reproduction illicite, quels que soient le procédé employé et le peu de valeur de l’objet contrefaisant, est une atteinte à cette propriété.

jeudi 31 janvier 2008

Comment vérifier le montant des royalties? Problématiques d'audit dans le cadre d'un contrat de licence....

Le titre est un peu long mais explique clairement la problématique.

Je remercie le CDRA pour avoir accepté de le publier et je mets donc un lien direct afin de permettre la lecture d'un sujet qui je crois tient à coeur aux designers....

Lire l'article

lundi 21 janvier 2008

Petit point sur les dessins et modèles européens

Au niveau européen, deux types de protection ont été mises en place :dans le cadre des protections de type dessins et modèles:

  1. Le Dessin et Modèle Communautaire Enregistré (DMCE)
  1. Le Dessin et modèle Communautaire Non Enregistré (DMCNE).

La procédure de dépôt d’un dessin et modèle au niveau Européen a de nombreux avantages. Le principal réside dans le fait qu’il s’agit d’une procédure unique pour les 25 pays membres, avec un seul interlocuteur pour toute la procédure. Le système est récent mais mérite que l’on s’y intéresse, le coût étant assez faible au vu de l’étendue géographique de la protection. En d'autres termes, une fois le dossier de dépôt envoyé à Alicante et accepté par l'OHMI, la protection est accordé pour tous les paus membres et elle s'étend automatiquement aux nouveaux entrants.

Facilité d'utilisation puisque cela évite de déposer en allemand aurpès de l'office allemand avec cependant une limite notable dans la mesure où si le D/M est refusé, il l'est pour tous les pays.... (à l'inverse de la protection OHMI, comme nous le verrons plus tard)

Le Dessin et Modèle Communautaire Non Enregistré (DMCNE) quand à lui est une forme de droit d'auteur européen: il offre une protection automatique contre la copie pendant une période de trois ans à compter de la première publication au sein de la Communauté Européenne. C’est donc une protection gratuite, mais elle est limitée car elle ne permet pas de s’opposer à la création d’un autre designer si ce dernier est en mesure de prouver qu’il ne connaissait pas le modèle et qu’il est arrivé à la même chose par son propre processus créatif. Il faut par ailleurs être en mesure de prouver la publication : journaux, revues etc. C'est donc gratuit, mais cela dure trois ans et n'est pas forcément opposable à tous...

lundi 14 janvier 2008

Oeuvre de collaboration versus Oeuvre collective

Le droit d'auteur à la française est extrêmement protecteur et on y trouve de nombreuses spécificités qui sont absolument fondamentales lorsque l'on parle de design.

A titre d'exemple, que se passe t'il lorsque l'on créé une oeuvre à plusieurs ou dans le cadre d'une société ?

Le CPI met en place une distinction entre deux types d'oeuvre:

  • L’œuvre de collaboration est définie comme une œuvre à laquelle plusieurs personnes ont participé. Il faut que tous les participants soient des personnes physiques et que leurs apports soient dissociables.
  • L’œuvre collective suppose que l’œuvre ait été réalisée à l’initiative d’une société et que cette dernière produise ou publie l’œuvre en son nom. Bien évidemment, il est nécessaire que les apports de chacun ne puissent pas être divisés ou attribués à chacune des parties . Cette notion a été créée par le législateur pour le dictionnaire de l’Académie Française. Ainsi, il n’était pas possible de découper le dictionnaire selon les apports de chacun, chaque auteur ne pouvant que s’effacer devant l’œuvre de l’Académie.

A ne pas oublier donc: soit l'on peut définir qui a fait quoi et on s'empresse de le mettre sur papier, soit on ne peut pas et la société bénéficie alors de la création du groupe.

jeudi 13 décembre 2007

Noms De Domaine : réponse

Le commentaire de Simon me paraît suffisament important pour redonner la parole à Jean-Baptiste afin qu'il détaille la chose:

 

« pourquoi le détenteur d'une marque déposée n'est pas systématiquement prioritaire sur la réservation d'un nom de domaine ?».

En réalité, cette suggestion est déjà retenue dans la pratique.

Tout d’abord, lors du lancement d’une nouvelle extension, la période de Sunrise (qui précède l’ouverture au grand public) permet aux titulaires de marques de réserver le nom de domaine correspondant de manière prioritaire. Une fois cette période terminée, tout le monde peut enregistrer le nom de domaine et le titulaire de la marque ne peut s’en prendre qu’à lui si quelqu’un vient à enregistrer « son » nom de domaine.

Ensuite, pour les extensions classiques et déjà ouverte à tous, comme le . com, le .net, le .biz…, si le titulaire de la marque n’a pas souhaité enregistrer le nom de domaine correspondant quand il était libre, il peut faire valoir son droit, soit par la voie judiciaire (une action en contrefaçon par exemple), soit par la voie extrajudiciaire : des procédures spécifiques d’arbitrage ont été mises en place par l’OMPI (entité de référence en matière de Propriété Intellectuelle ) pour permettre aux titulaires de droits de marque de récupérer plus vite et à moindre coût des noms de domaine qui portent atteinte à leur droit. Cela étant les coûts engagés a posteriori pour récupérer le nom de domaine seront toujours très supérieurs aux coûts d’une politique préventive de dépôts conservatoires.

Enfin, il est notable que bon nombre de pays, par exemple l’Irlande pour le .ie, le Portugal pour le .pt, la Bulgarie et le .bg… ont disposé que le candidat à l’enregistrement du nom de domaine soit titulaire d’une marque identique au nom de domaine revendiqué. Il faut en effet garder à l’esprit que si les principales extensions, .com, .net, .info notamment (les gTLDS, extensions génériques) sont ouvertes à tous, on dénombre environ 300 extensions de premier niveau et 800 si on ajoute les extensions de second niveau (par exemple : .co.uk, .com.cn…), les conditions d’enregistrement étant différentes et propres à chaque extension.

D’où l’intérêt de confier la gestion de ces droits à des professionnels…

mercredi 24 octobre 2007

Propriété intellectuelle et Internet

On entend souvent parler de procès pour contrefaçons de marques, de droit d'auteur ou encore de dessins et modèles.

Le cas des noms de domaines est assez rarement traité et il en rentre pour le moment pas réellement en compte dans les stratégies des designers. Et pourtant, les atteintes sont nombreuses et portent des noms aussi exotiques que le "name tasting".

La plupart des conseils en PI ne disposent pas d'une réelle expertise en la amtière et sous-traitent leur activité à des spécialistes. J'en profite donc pour en présenter un. Ils sont suffisament rares pour le souligner.

IPTWINS

lundi 20 août 2007

Protéger son design: l'art et la manière

L'INPI édite une newsletter qui mériterait d'être un petit peu plus lue par les acteurs du design. On y trouve de nombreuses informations dont certaines sont parfois un peu trop destinées aux experts de la PI, mais aussi des analyses intéressanteset surtout beaucoup plus accessibles.

C'est le cas de ce numéro intitulé "Protéger son design: l'art et la manière".

Que doit-on faire alors?

Dans un premier temps, il est nécessaire de pouvoir prouver son droit d'auteur... La chose paraît évidente mais la jurisprudence est parfois tatillonne à ce sujet. (Nous reviendrons à ce sujet en présentant des décisions parfois sévères.) On apprend ainsi que Décathlon, jusqu’à peu, ne procédait pas à des dépôts de dessins et modèles. Ce n’est qu’après avoir connu un problème d’antériorité que le recours aux D/M y est devenu systématique.

Dans un deuxième temps, profiter de toutes les ressources disponibles, dont le titre communautaire, si efficace. Là aussi, nous aurons l’occasion de détailler cet outil.

Lire l’article (pp 4-6)

mercredi 8 août 2007

Agence de créations et stratégies de protection....

Un article portant sur les stratégies de protection pour les agences de création: comment empiler les couches de protection, et comment jouer avec au cours d'un projet design:

Article revue française de gestion

Le droit d'auteur

Dans les métiers de la création, bien se protéger est parfois une question de survie mais c'est encore loin d'être une synécure. Le cas du droit d'auteur est typique.

Le Code de la PI nous dit qu'il s’étend à « toutes les œuvres de l’esprit quel qu’en soit le genre, la forme d’expression, le mérite ou la destination » (CPI, article L 112.1). On admettra que la formulation, si elle belle, n'est pas limpide quand à la signification.

En d'autres termes donc, on est protégé à partir du moment où l'on a fait preuve d'un travail créatif et original, et ce quelque soit la forme qu'il prenne (dessin, maquette, 3D, musique, roman etc.).

Dans le même ordre d'idées, le "mérite" n'a aucun impact sur la protection. Que l'on s'appelle Newson ou pas, la protection fournie est exactement la même, la notoriété n'ayant, au titre du Code de la PI, aucun impact.