Alain Cadix a répondu en commentaire dans mon précédent post sur la mort du marketing et je vais profiter de ses remarques pour rebondir sur la question de la relation marketing design. Juste une précision avant de développer sur le thème: je n'ai jamais remis en cause ses capacités ou ses connaissances sur le thème. On ne devient pas directeur de l'ensci par hasard ou sans avoir démontré une réelle expertise sur le sujet...

Ma remarque générale visait à "calmer les ardeurs" de certains designers qui sont intimement persuadés que, par leur marque de créativité, les marketeurs sont amenés à disparaître, point de vue que je ne partage absolument pas. En l'occurrence, cela fait des décennies que la pratique existe et qu'elle a toujours démontré une stupéfiante capacité à rebondir et à s'adapter à son environnement. Le réel souci dans le cadre de la relation designer-marketeur porte sur le fait que l'objet de leur travail est le même -l'utilisateur- mais que les approches et les résultats sont si différents que le risque de conflit est alors important. D'où une certaine animosité des designers lorsqu'ils pensent avoir développé un produit intéressant mais qui ne passe pas au travers des grilles marketing (cf ma remarque sur Matra dans le précédent post sur "la machine à ne pas sortir les produis").

Alain reprend dans son commentaire cette problématique designer-marketeur au travers de la problématique de l'innovation et de la recherche. Il y re-précise que c'est dans les innovations radicales que la relation designers-recherche permet de dé créer de la valeur et que c'est sur ces sujets que les marketeurs sont dépassés. Je suis évidemment tout à fait d'accord, et il suffit d'aller aux diplômes de l'ENSCI pour voir de quoi on parle. D'ailleurs, 80% des projets que je présente dans mon prochain bouquin sont développés par des designers diplômés de cette école et correspondent tout à fait à cette approche "amont" du design.

Par contre, autant ces typologies de "design avancé" ou de "design prospectif" sont intéressantes et se révèlent être le terrain privilégié du designer, autant -soyons honnête- de nombreux projets issus de cette approche ne voient pas le jour ... faute de marché. Alors on peut y voir une question d'éducation ou d'habituation de la clientèle, ce qui est une réponse honnête au vu des innovations parfois réellement radicales qui sont présentées, mais on peut aussi y voir une approche un peu trop égocentrée de certains designers qui se sont quelque peu éloignés des réelles problématiques de l'entreprise et du marché final... (d'où l'importance du rôle du marketing)

Ceci étant dit, si ce qu'on a vu à l'expo So Watt il y a deux ans, et qui me paraît parfaitement illustratif du propos était arrivé sur le marché, on y verrait peut-être plus clair sur le sujet et il y aurait peut-être eu une meilleur compréhension de ces problématiques. ;)